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Rassemblement Fret Triage de Gevrey Intervention de Roland FOURNERAY Imprimer Envoyer
Mardi, 19 Janvier 2010 00:00

Cher(e)s collègues, Cher(e)s camarades, Monsieur le Maire de Gevrey-Chambertin,

Nous sommes rassemblés aujourd’hui à Gevrey pour la défense du Triage et de l’outil industriel fret dans la région.
Cette initiative, à l’instar de celles qui se sont déroulées dans un grand nombre de sites, comme à Villeneuve Saint-Georges, Lille, Thouars, Amiens, Toulouse, Somain, Marseille, Le Mans…, constitue un nouveau rendez-vous revendicatif, étape importante du rapport de force que nous construisons contre la casse du service public et des statuts, et pour imposer des orientations plus conformes à l’intérêt général.
Ce rassemblement, et je vous remercie au nom du Secteur Fédéral CGT d’avoir répondu présent en nombre, montre qu’il n’y a pas de renoncement et que d’autres solutions sont possibles pour la préservation, la modernisation, la promotion et le développement du Service Public SNCF au centre duquel se trouve posé avec beaucoup d’acuité l’avenir de Fret SNCF.
 
Depuis toujours, nous considérons que la SNCF n’appartient pas à la technostructure, ni aux élus, ni aux cheminots ; elle appartient à la Nation !
C’est donc à ce niveau qu’il nous faut placer le débat et les interventions.
C'est pourquoi la CGT revendique l’organisation d’un grand débat national démocratique sur l’avenir de la SNCF, entreprise publique de service public, réunissant les acteurs économiques, les ONG environnementales, les élus politiques, le mouvement syndical et citoyens, les cheminots.
 
En période de crise économique et sociale, la SNCF a une responsabilité sociale indéniable. Elle doit être, avec les autres grands services publics, le levier d’une politique permettant réellement d’intégrer les critères du développement durable : l’économique, l’environnemental et le social.
 
Ceux qui nous dirigent n’ont cesse de gérer la SNCF sur des inspirations libérales où la logique des résultats comptables prend le pas sur les missions et les valeurs de service public et ce, quelqu’en soit le prix à payer pour les usagers, la collectivité nationale et les cheminots.
 
Tout ce qui n’est pas rentable au sens capitalistique du terme, du point de vue de la Direction, doit être figé, cassé, abandonné !
L’exemple du fret est révélateur ! Plus on taille, plus il faut tailler.
 
Depuis 2003, de plan de dernière chance en plan de relance, près de 10 000 emplois de cheminots ont été supprimés dans l’activité fret, plusieurs triages ont été fermés ainsi que 480 gares fret au «wagon isolé», des milliers de dessertes ont été stoppées, le parc de wagon a chuté de 21 %, des transferts de trafics frets sur la route ont été opérés, conduisant à mettre près de 2 millions de camions supplémentaires sur les routes. La part modale du fret ferroviaire dans le marché des transports de marchandises est passée en France de 14 % (46,8 GTK) en 2003 à 11,4 % (36,8 GTK) en 2008.
Pour rappel en 2000, Fret SNCF transportait 56 GTK avec un déficit d’exploitation de
89 millions d’Euros (plus 450 millions en 2009). Cette année-là, la part de Fret SNCF dans le marché des transports était de 20.6 %.
 
Alors que la Direction, Pépy en-tête, reconnaît les échecs des plans successifs y compris au plan de la déréglementation du travail qu’il voulait imposer – la CGT aurait dont eu tort d’avoir raison trop tôt -, les nouvelles orientations vont accélérer et amplifier cette spirale du déclin.
 
Obsédée par la logique financière et par le dumping social au nom de la réduction des coûts, la Direction de la SNCF envisage, entre autres, d’arrêter 60 à 70 % de l’activité du «wagon isolé» (messagerie ferroviaire) et donc de cesser la technique industrielle du tri par gravité pour se concentrer sur les trains entiers, le trafic combiné, les autoroutes ferroviaires et le fret à grande vitesse par TGV, de créer des filiales et de finaliser l’installation d’opérateurs privés de fret ferroviaire de proximité.
Même si nous ne contestons pas l’intérêt que peuvent représenter les nouveaux projets, qui pour un certain nombre sont portés depuis longtemps par la CGT, dont leurs réalisations seraient à long terme, 2015-2020, - bien que les financements, ce sont 7 milliards d’euros que le gouvernement annonce vouloir mettre sur la table pour le fret ferroviaire, ne sont pas identifiés ou étaient déjà prévus – ils ne peuvent pas se concevoir au détriment de l’existant.
 
Le report modal au bénéfice du rail et de l’environnement, ce n’est pas encore pour demain, mais la casse du «wagon isolé» que s’apprête à engager la SNCF va rajouter sur les routes 1 million 500 000 camions dans les 5 prochaines années, priver de nouveaux pans entiers du territoire d’utiliser le rail pour le transport de fret – combien de PME-PMI seront obligées de se tourner vers les transports routiers et combien d’entre elles n’auront pas d’autres choix que de fermer ou délocaliser leur production ?- et engendrer la suppression à terme de 6 000 emplois de cheminots ; 2 600 sont déjà envisagées dans le budget 2010 de la SNCF.
 
Alors que l’année 2009 devrait enregistrer une nouvelle baisse du trafic de 30 % par rapport à 2008 sous l’effet de la crise mais aussi de l’incapacité des organisations mises en place à assurer les acheminements dans de bonnes conditions de fiabilité et de régularité, la Direction de la SNCF, dans son obsession de ne conserver que ce qui serait rentable, abandonne le maillage du réseau ferroviaire de dessertes locales.
 
Dans sa stratégie la question des triages est emblématique, ainsi l’activité de tri par gravité serait maintenue dans 3 sites seulement (Sibelin, Woippy, et un triage en Ile-de-France) sur les 11 exploités actuellement.
Elle exclut donc le triage de Gevrey de son schéma directeur, ce qui menace directement 400 cheminots, sans compter les emplois induits.
 
L’arrêt du tri par gravité sur le Triage de Gevrey se traduira par l’effondrement du trafic, la fermeture des installations et aura des conséquences pour l’ensemble de la région.
 
Situé sur des axes de transits importants, dans une zone du trafic routier, une plateforme multimodale contiguë, sa vocation à traiter des trafics d’intérêt national et international n’est plus à démontrer. Mais cet outil industriel performant indispensable avec ses 14 voies de réception et ses 41 voies de tri - il permet la formation simultanée de dizaines de trains chaque jour - joue un rôle assez faible dans le flux de marchandises de proximité. Il n’est pas exploité suffisamment pour répondre au besoin d’alternative au transport routier.
La SNCF abandonne elle-même les dessertes locales. Des entreprises dotées d’installations terminales embranchées acheminent toutes leurs marchandises par camions, faute d’offres de la SNCF.
 
Pour justifier ses choix, la SNCF avance le déficit d’exploitation de Fret SNCF. C’est toujours combien ça coûte, mais jamais combien ça rapporte à la collectivité nationale en termes d’efficacité sociale et économique. C’est vrai pour le fret comme pour les autres services de l’entreprise.
 
Où est, de ce point de vue, la prise en compte par l’entreprise publique de la politique du développement durable, des décisions du Grenelle de l’Environnement dont l’ambition est d’atteindre une part de 25 % des marchandises transportées par des modes non polluants ou peu polluants, tel que le rail.
 
Nous considérons qu’il y a des déficits qui sont supportables par la collectivité, car ils relèvent de l’intérêt général, de réponses aux besoins du plus grand nombre. Le service public, c’est le capital de ceux qui n’en ont pas.
 
Il y a bien là une opposition de fond sur la finalité même de notre entreprise, entre nous, la Direction et le Gouvernement.
 
Le Président Pépy voudrait nous faire croire que la SNCF, avec l’aide du Gouvernement, serait devenue le champion d’un nouveau transport écologique de marchandises ; le champion du service public de nouvelle génération. La réalité est tout autre, les cheminots sont bien placés pour le démontrer, d’autant que les coups tordus contre le service public SNCF se succèdent.
 
L’abandon du «wagon isolé» conduirait à la marginalisation de Fret SNCF et aboutirait pour la SNCF à une perte d’expérience préjudiciable au regard de la spécificité et de la complexité de la production de fret ferroviaire.
 
Compte tenu du temps et de l’investissement nécessaire pour constituer un réseau, aucun nouvel entrant ne serait, à court ou moyen terme, en mesure de prendre la place laissée vacante par Fret SNCF. De ce fait, le fret ferroviaire serait durablement marginalisé en France.
 
Quant à la filialisation de l’activité Fret SNCF, elle ne serait pas une réponse appropriée. Fret SNCF sera toujours trop cher par rapport à ceux qui pratiquent le dumping social, si la qualité de la conception, la fiabilité et le respect des engagements ne sont pas au rendez-vous.
Les chargeurs attendent d’abord un rapport qualité/prix. S’il faut aligner les conditions sociales de la route pour des questions de coût, la qualité ne sera jamais au rendez-vous.
 
La Fédération CGT des cheminots a fait nombre de propositions novatrices pour améliorer la qualité des transports, développer la commercialisation des prestations, enrichir les métiers des cheminots, modifier les organisations du travail…
Elles sont constituées d’un ensemble global intégré qui prend en compte toute la chaîne de production dans laquelle le triage est la pierre angulaire, condition indispensable pour la pérennité et le développement du système.
 
Malheureusement, on nous dénie le droit de nous occuper de la politique industrielle et de la stratégie de l’entreprise ! C’est, nous dit-on, la chasse gardée du Patron et de la Technostructure.
 
Quoi qu’il en soit, la CGT ne laissera pas faire, elle ne laissera pas casser l’outil de travail, l’appareil de production, le bien public sans réagir.
 
Nous avons lancé l’opération « Sauvons nos triages » dans tous les sites concernés par la fermeture des triages par gravité y compris ceux fermés depuis 2006/2007. Nous sollicitons de larges mobilisations en interne et externe pour demander l’organisation de tables rondes État, collectivités, syndicats, chargeurs sur :
-       Les effets catastrophiques de tels choix dans le cadre d’un développement durable et d’un report modal demandé par tous ;
-       Le gel de toutes les décisions prises par l’entreprise ;
-       L’ouverture de véritables négociations tripartites afin que le trafic de fret national bénéficie aussi d’un véritable projet de développement pour soutenir la politique industrielle nationale et cela dès 2010.
 
Notre initiative, ce midi, s’inscrit dans cette démarche.
Elle va se poursuivre ce soir, lors d’un débat public que nous organisons au Centre de Rencontres Internationales à Dijon à 17 H 00. Nous débattrons avec les élus de diverses sensibilités, partis politiques, associations, chargeurs, Direction… tous ceux qui auront bien voulu répondre favorablement à notre invitation.
Bien évidemment, vous êtes aussi invités à y participer.
Si le transport de marchandises comme le transport de voyageurs est un enjeu de société qui dépasse les seuls cheminots et leurs syndicats, dans l’entreprise le Fret SNCF n’est pas que l’affaire des cheminots du fret, mais doit continuer à devenir la préoccupation de tous les cheminots, car avec le Fret SNCF comme laboratoire d’expérience, la Direction poursuit le morcellement, la balkanisation de l’organisation interne de l’entreprise. Tous les services sont méthodiquement restructurés en entités « Centre de profits » dédiés à un seul produit.
Les établissements Exploitation du réseau et les établissements Équipement qui travaillaient en complémentarité en lien avec les services d’ingénierie des directions régionales infrastructure sont démantelés. Les établissements Traction et ceux du Matériel sont éclatés au gré des activités commerciales.
 
Cet ensemble de réorganisation dessine un nouveau mode de fonctionnement basé sur l’intégration industrielle des branches qui s’organise de manière indépendante uniquement en fonction de la loi du marché. Déjà en place dans le fret, elle n’a pas fait ses preuves, loin s’en faut. Cette organisation génère des surcoûts, les délais et la qualité du transport des marchandises se sont dégradés.
 
Cette structuration remet en cause le caractère intégré, affaiblit l’échelon régional, les atouts techniques et professionnels et réduit au minimum les services transverses… et au final prépare la vente à la découpe de l’entreprise publique.
 
Au travers cela, sont non seulement menacés la qualité de service, sa régularité, sa capacité à répondre aux besoins, mais aussi les conditions d’emplois, les emplois menacés, la rémunération, la protection sociale, le système de retraite, les facilités de circulation, le droit d’expression des salariés et les droits syndicaux…
 
La Fédération CGT des cheminots a fait 10 propositions pour améliorer le fonctionnement du service public SNCF dans son ensemble.
Elles se déclinent et se précisent pour tous les services et sont complétées aux réalités locales par nos secteurs régionaux et nos syndicats de site.
 
La CGT au plan interprofessionnel a élaboré une série de propositions sur les salaires, l’emploi, la politique industrielle, la santé, la sécurité sociale, les retraites, la fiscalité, les services publics…
 
Tous ensemble nous allons le dire plus fort. Tous ensemble nous allons imposer des négociations pour que les politiques publiques changent de cap.
 
Dans l’entreprise, nous sommes dans une dynamique. Les actions revendicatives se développent avec à la clé des résultats non négligeables en termes d’emplois, de rémunérations, de maintien de sites menacés de fermeture comme à Dole par exemple.
Ne baissons pas la garde ! Ne lâchons rien !
Rien n’est écrit à l’avance !
 
Face aux velléités affichées, il convient de relancer les mobilisations sociales et citoyennes, parler et agir plus fort. Il faut lutter plus fort pour gagner plus.
 
La CGT poursuivra les initiatives revendicatives qu’elle met en œuvre depuis des années pour s’opposer à la casse de l’outil fret ferroviaire.
 
En nous appuyant sur cette journée et la multiplicité des luttes ancrées dans les territoires, la Fédération CGT des cheminots a proposé aux autres organisations syndicales de construire ensemble une puissante mobilisation de tous les cheminots, le 03 février 2010, pour obtenir de réelles négociations sur l’emploi, les restructurations, le fret, les salaires.
 
La préparation de cette action nationale unitaire tous services, que nous voulons gagnante, conçue comme un ultimatum lancé à la Direction si elle devait rester sourde à nos revendications, doit être une nouvelle étape pour combattre ses projets néfastes et revendiquer une autre destination pour le transport public ferroviaire et les conditions sociales des cheminots.
 
La CGT appelle aussi les cheminots à participer nombreux aux manifestations prévues le 21 janvier 2010 dans les territoires, en convergence avec les agents des collectivités territoriales, des hôpitaux et de l’éducation nationale pour des services publics de qualité.
 
Enfin et parce que c’est une condition indispensable à l’élévation du rapport de force dans les entreprises et dans le pays, la CGT vous invite à renforcer le syndicalisme en adhérant à la CGT comme l’ont fait 115 cheminots actifs sur la région en 2009, un syndicat qui sait rassembler, contester, lutter, proposer et négocier.
 
Merci de votre attention.