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Politique sécuritaire Imprimer Envoyer
Vendredi, 13 Août 2010 07:23

Le sondage du "Figaro" sérieusement contesté
« Carton plein » pour Sarkozy, plastronnait le 6 août dernier Le Figaro. Le quotidien commentait ainsi un sondage commandé à l’Ifop sur les mesures sécuritaires annoncées par le Président et la majorité au lendemain des violences urbaines qui ont secoué le quartier de la Villeneuve, à Grenoble, après le décès d’un jeune braqueur tué par la police.

« 80% des Français favorables au retrait de la nationalité française aux ressortissants d’origine étrangère coupables de polygamie ou d’incitation à l’excision », 70% en cas « d’atteinte à la vie d’un policier ou d’un gendarme » ; « 79% favorables au démantèlement des camps illégaux de Roms ». La manœuvre de diversion pour reléguer au second plan l’affaire Bettencourt ou la mobilisation sur les retraites porterait-elle si vite ses fruits ?

Halte au blues : le sondage en question est sujet à caution. Et ce, à plus d’un titre. Effectué dans la première quinzaine d’août, période pendant laquelle habituellement les sondeurs s’abstiennent , il pêche aussi par plusieurs aspects de sa méthode.

Quelle valeur des sondages auto administrés ?

Ainsi, il ne propose pas de catégorie « sans opinion », forçant ainsi le sondé à prendre position. Un fait, se justifie l’Ifop, habituel à ce type de sondage « auto administré » réalisé sur internet.

C’est précisément là que le bât blesse : quelle fiabilité accorder à ces mesures d’opinion, remplies devant leurs ordinateurs par les sondés et sans enquêteur ? Comment vérifier les informations qu’ils donnent sur eux-mêmes ? Comment s’assurer que la même personne ne remplit pas le questionnaire plusieurs fois ou n’organise pas, par contacts interposés, un « bourrage de sondage » ?

Bien sûr, l’institut de sondage affirme maîtriser les parades. Il défend son enquête et sa méthode, arguant que les sondages auto administrés reflètent les sentiments des interrogés mieux qu’un enquêteur au téléphone qui peut être vécu comme un censeur. Bien sûr, l’Ifop, dont les clients occupent tout l’échiquier politique, se refuse à passer pour un institut instrumentalisé par le gouvernement.

Deux enquêtes, deux réalités

Mais les résultats fournis au Figaro, à la hauteur d’ailleurs des questions posées, toutes calquées sur le vocabulaire gouvernemental, tombent quand même drôlement bien. Le même jour, un sondage CSA pour L’Humanité fournissait des réponses sensiblement différentes, même si elles témoignaient aussi d’un sentiment d’insécurité : le démantèlement des camps de Roms paraissait « nécessaire » à 62% des personnes interrogées et la déchéance de la nationalité en cas d’atteinte à la vie d’un policier était appréciée pareillement par 57% d’entre elles.

Des deux enquêtes, on sait laquelle a eu le plus grand retentissement. Et si celle de l’Ifop pour Le Figaro s’est attirée d’assez nombreuses critiques sur le web (Rue 89, Express.fr, Owni.fr, arrêt sur images.fr…), le reste des médias a omis d’en mettre à jour les mécanismes contestables.

Vraiment dommage.

Antoinette Lorenzi
 

 

source: http://www.cgt.fr/spip.php?article37650