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Le rail polonais rongé par les appétits capitalistes Imprimer Envoyer
Vendredi, 21 Août 2009 19:01
Varsovie . Les opposants à la privatisation des chemins de fer pointent ses effets calamiteux au Royaume-Uni. La Pologne peut faire pire.

Pologne,

correspondance particulière.

Le débat sur la privatisation des chemins de fer polonais rebondit. « L’État doit rester régulateur. » L’auteur de ces mots n’est pas un syndicaliste enragé, mais Andrzej Wach, président des Chemins de fer de l’État polonais (PKP). Cet aveu, mardi, est le symbole de la défaite de la politique néolibérale de gestion des chemins de fer.

au bord de la catastrophe

C’est en 2000 que la loi sur les chemins de fer de l’État polonais a introduit la concurrence sur les rails. L’objectif était de relever le nombre de marchandises transportées et d’optimiser la gestion. Vingt ans de politiques néolibérales ont poussé les chemins de fer au bord de catastrophe. Un cinquième du réseau est déjà liquidé. Le nombre de cheminots est quatre fois moindre que jadis. On veut vendre ou détruire plus de 2 500 gares. Et sur de nombreuses lignes ferroviaires, il faut acheter trois différents tickets !

Les Chemins de fer de l’État polonais (PKP) ont été divisés, à la demande de l’Union européenne (UE) en une multitude d’entreprises sous le chapeau d’une holding, le groupe PKP. Mais, pour les technocrates libéraux, ce morcellement des chemins de fer est encore trop peu avancé…

En décembre 2008, les autorités régionales ont pris sous leur responsabilité la société PKP Transport régional. Les trains interrégionaux, auparavant gérés par PKP Transport régional, ont été repris par PKP Intercity. De telle sorte que PKP Intercity soit une prise de choix pour les acheteurs potentiels : elle devrait être privatisée l’an prochain. Après ces changements, le nombre de salariés de PKP Intercity va doubler pour passer de 4 000 à 10 000 personnes. Le nombre de trains va plus que tripler : de 150 à 500. « Ainsi nous serons préparés à la libéralisation du marché ferroviaire dans l’UE en 2010 », dit Czeslaw Warsewicz, dirigeant PKP Intercity, qui a en tête la menace d’entrée massive de la compagnie allemande Deutsche Bahn sur les lignes polonaises après le 1er janvier 2010.

Le ministère des Infrastructures a en outre décidé la privatisation, probablement en 2010, de l’un des plus gros transporteurs de marchandises en Europe, PKP Cargo. 7 000 personnes seront licenciées… À la sauce patronale. Pour éviter un plan social, on licencie par groupe de 29 travailleurs, afin de ne payer que trois mois d’indemnisation au lieu de neuf.

Cette réforme revient à la fin du groupe public PKP. Intercity et Cargo, les secteurs les plus rentables, seront donc vendus, même si l’État conservera des parts du capital. Les trains locaux seront à la charge des collectivités territoriales qui, dans de nombreux cas, n’ont pas le budget suffisant pour les entretenir.

Les syndicats sont très mobilisés

Au ministère des Transports on estime que cette privatisation sera « difficile ». En effet, lorsque le premier ministre Donald Tusk a annoncé sa volonté de réduire le nombre de cheminots ayant droit à une retraite anticipée, tous les syndicats ont appelé à la grève générale. Chaque semaine, des luttes locales voient la participation de cheminots.

D’ici à 2013, doivent être modernisées la moitié des lignes, où les trains circulent aujourd’hui à la vitesse de… 40 km/h. Où trouver l’argent ? Selon les optimistes, on n’en dispose que pour 6 000 kilomètres de lignes. Et le reste ? À fermer ?

Darius Zalega