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Courrier à François Sauvadet sur les retraites et la prime de charbon Imprimer Envoyer
Secteur Fédéral CGT Cheminots Dijon - Communiqués
Vendredi, 16 Juillet 2010 06:15

Monsieur le Député,

Le 15 juin 2010 vous vous êtes exprimé à propos de la réforme des retraites en faveur d’un âge d’ouverture des droits à 63 ans, de l’allongement de la durée des cotisations à 43 ans et demi, et d’une convergence des régimes, propos relayés notamment dans le Bien Public du 16 juin.
Notre point de vue diffère radicalement du vôtre sur ce dossier. Les mesures que vous préconisez déjà mises en œuvre par le passé en 1993 par M Balladur et en 2003 par M Fillon, n’ont pas permis contrairement à ce qui était annoncé ni d’équilibrer les régimes de retraites, ni de réduire les inégalités (les femmes ont en moyenne une retraite de 30% inférieure aux hommes, à 60 ans l’espérance de vie d’un ouvrier est de 19 ans contre 25 pour un cadre supérieur). Maintenir ce cap ne peut aboutir qu’à creuser les inégalités et qu’à affaiblir d’avantage notre système par répartition. Le COR estime que le niveau des pensions par rapport aux revenus d’activité chuterait de 25% dans les prochaines décennies du fait des réformes précédentes et que continuer sur cette voie aggraverait encore davantage cette dégradation sans répondre aux enjeux de financement.
La convergence des régimes que vous appelez également de vos vœux n’aboutirait qu’à tirer les droits de tous vers le bas, balayant d’un revers de main, les particularités, les luttes, l’histoire qui ont conduits à leurs mises en oeuvre.
La CGT a mis en débat 10 propositions, pour un système de retraite juste et pérenne. Nous suggérons par exemple de solidariser l’ensemble des régimes de salariés plutôt que les opposer afin de promouvoir pour chacun d’eux un socle commun de droits et de garanties.
Nos positions même si elles sont éloignées des vôtres pourraient contribuer au nécessaire débat démocratique sur un véritable enjeu de société, pour autant qu’il existe.
Vous avez la possibilité de participer à un tel débat dans votre circonscription, vous qui serez en charge dès le 6 septembre prochain de vous prononcer à l’Assemblée nationale sur le projet du gouvernement, et ce, sans attendre la campagne électorale de 2012 pendant laquelle vous n’omettrez pas sans doute de rappeler aux électeurs, votre point de vue sur ce dossier.
A défaut de réelles négociations sur les retraites, la CGT continuera d’appeler les salariés à se mobiliser notamment le 7 septembre prochain.
Le 12 juillet elle a d’ailleurs remis au préfet de Côte-d’Or 11 709 pétitions signées pour garantir le droit à la retraite à 60 ans (55 ans pour les cheminots, 50 ans pour les agents de conduite) reconnaître la pénibilité par un départ anticipé, assurer une pension au moins égale à 75 % du salaire  net et en aucun cas inférieure au SMIC pour une carrière complète, stopper l’allongement de la durée de cotisation, prendre en compte, dans le calcul de la pension, les périodes d’études, de formation, de chômage,….
Ce n’est pourtant pas cela qui m’amène à vous écrire aujourd’hui, mais le propos stigmatisant que vous avez commis à l’égard des cheminots sur la base d’allégations mensongères.
Vous avez en effet mis à l’index cette partie de vos concitoyens si ce n’est d’électeurs, faisant référence aux primes de charbon à la SNCF comme l’injustice de trop qui appellerait une réforme systémique vers un régime unique.
Si vous recherchez des financements sans doute serait-il pertinent de regarder du côté des exonérations de cotisations versées à hauteur de 30 milliards d’€ en 2008 aux entreprises quelle que soit leur politique en matière d’emploi, des exemptions de cotisations par exemple sur les stock-options, du bouclier fiscal, pour ne citer que ces quelques exemples; car vous ne pouvez ignorer que cette prime de charbon n’existe que dans l’imagination fertile de quelques extrémistes, qui alimentent les réseaux d’inepties libérales et ne visent qu’à la discrimination des cheminots.
Sachez que dans le régime spécial SNCF, que vous et vos amis qualifiez de « privilégié », 50% des pensionnés touchent moins de 18 590 € par an et 25% touchent moins de 15 000€ par an.
Il serait peut-être plus utile de regarder vers les retraites « chapeau » de ceux qui appliquent des cures d’austérité à leurs salariés.
Ce n’est pas le système de retraite par répartition qui est en crise, système qui a permis à sa création de sortir les retraités de la misère, il semble utile de le rappeler, mais bien le système capitaliste, qui au travers de ses banques, de ses paradis fiscaux, de ses dividendes, de ses agences de notations, de ses marchés, commande aux Etats la rigueur, le moins-disant social pour leurs populations. C’est sans doute ce dernier qui appelle une réforme systémique et un dépassement.
Relayer des propos diffamatoires, démentis d’ailleurs par la direction de la SNCF ne correspond pas à la rigueur intellectuelle que chaque citoyen est en droit d’attendre d’un élu de la nation.
Les cheminots ont déjà, par le passé, combattu le joug de la pensée unique. Ils ne se laisseront pas instrumentaliser pour servir de faire-valoir à une réforme économiquement inefficace et socialement injuste.
Dans l’attente de vous lire, veuillez agréer, Monsieur le Député, mes salutations distinguées.
 
Sébastien GASC
Secrétaire Général

Secteur Fédéral CGT des Cheminots de Dijon